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14/17

Du 23 juin au 5 novembre 2018

VOICES

Elisabeth S. Clark, Anne-James Chaton, Sammy Engramer, Jean-Michel Espitallier, Jérôme Game, Bernard Heidsieck, Emmanuel Lagarrigue, Rainier Lericolais, Violaine Lochu, Pierre-Yves Macé, Sébastien Roux, Julie Vérin et Quentin Aurat.

Voices interroge de quelles manières, le texte se relie au sonore, donnant à entendre et à voir des oeuvres aux contours multiples.Cette exposition réunit à la fois des pièces sonores, des films, des partitions, des livres d’artistes...La figure du poète et plasticien Bernard Heidsieck est présente en filigrane. Dès la fin des années 50, par la pratique de la lecture, l’utilisation d’outils technologiques, il sort le texte de l’espace de la page. Le champ poétique s’ouvre alors à d’autres formes et modes d’expression. Qu’en est-il maintenant de ces chemins qu’il a contribué à ouvrir ? En écho seront présentés, les travaux de poètes contemporains : Anne-James Chaton, Jean- Michel Espitallier et Jérôme Game qui poursuivent cette réflexion à partir de nouveaux outils. Afin de ne pas circonscrire cette exposition au seul champ de la poésie, parallèlement, il est intéressant de montrer comment certains plasticiens, compositeurs s’emparent de la question du texte pour en donner une traduction sonore : Sammy Engramer, Emmanuel Lagarrigue, Rainier Lericolais, Violaine Lochu, Pierre-Yves Macé, Sébastien Roux, Julie Vérin et Quentin Aurat.

BERNARD HEIDSIECK : ABECEDAIRE n°6 - « CLEF DE SOL » (ETE 2007 )
Initiateur de la poésie sonore et de la poésie action, Bernard Heidsieck a également réalisé de nombreuses œuvres sur papier et on ne sera pas surpris que l’inventeur des poèmes-partitions se joue à nouveau dans cet Abécédaire n°6 « clef de sol », daté de l’été 2007, des liens entre poésie visuelle et musique. Faisant sonner lettre après lettre l’alphabet coloré du poète (...). Bernard Heidsieck a découpé chacune des lettres dans des journaux et des revues, en de multiples exemplaires, puis les a collées sur et autour des lignes d’une partition introduite par une clef de sol. Le livre offre, page après page, des configurations abstraites –dans lesquelles il n’est pas interdit de discerner une diversité de parcours, de constellations, de jets, de sphères, de constructions, de pluies, d’écroulements et autres volatilisations offerts à la liberté sensible ou interprétative du lecteur (...) ». Gilles Froger dans Archive de la Critique d’Art (2015)

VIOLAINE LOCHU : ARCHIVOX livret de partitions, 24 pages, 21 x 29.7cm, (2018)
Machine, vent, oiseau, montre, téléphone, insecte... A partir de sa propre sonothèque et des sons des vidéos d’Ali Kazma, Violaine Lochu se propose de répertorier, classer et agencer un ensemble de sons non-humains en une vaste carte-partition. Réactivant ces archives avec sa propre voix, elle se livre à un exercice d’hybridation, qui interroge la relation entre l’être humain et son environnement et pervertit certains dualismes classiques : nature/culture, homme/animal, être vivant/machine...

SEBASTIEN ROUX ANAMORPHOSE N°12 (2017)
voix enregistrée : Kaija Matiss. Texte : Bob Dylan. Anamorphose : Œuvre dont les formes sont distordues de telle manière qu’elle ne reprend sa configuration véritable qu’en étant regardée sous un angle particulier. Depuis quelques années, je travaille sur la traduction sonore, principe qui consiste à utiliser une œuvre existante (roman, peinture, musique ...) comme partition pour une nouvelle pièce sonore. C’est dans ce contexte que je m’intéresse à la transposition en son du phénomène d’anamorphose. J’ai ainsi imaginé une série de pièces instrumentales et d’installations sonores qui utilisent l’espace comme outil déformant et comme moyen de résolution. Pour chacune des anamorphoses, les auditeurs sont invités à explorer le champ sonore et à déterminer le point d’écoute depuis lequel est entendue la « configuration véritable ». Tout ce petit jeu comme un prétexte à l’exploration, à l’écoute de la transformation des sons et de leurs combinaisons : « La recherche du mouvement et du trompe- l’œil exclut la vision privilégiée, univoque, frontale, et incite le spectateur à se déplacer continuellement pour voir l’œuvre sous des aspects toujours différents, comme un objet en perpétuelle transformation » (Umberto Eco, L’Œuvre ouverte). Avec la pièce présentée ici, il ne s’agit plus de transposer l’anamorphose de manière directe en imaginant le spectateur qui se déplace dans le son comme il se déplace face à l’image. Mais plutôt de penser l’anamorphose comme méthode d’organisation des sons dans le temps. Lors d’une conférence sur Leibniz, Gilles Deleuze aborde longuement la question du point de vue, de la perspective.
Il définit l’anamorphose comme un cas spécifique de perspective et fait la différence entre métamorphose et anamorphose. La métamorphose comme passage d’une forme à une autre forme. L’anamorphose comme prise de forme à partir de l’informe. C’est ce qui nous intéresse ici. Non plus la recherche du point d’écoute, mais comment des sons prennent forme puis retournent au désordre. Les sons font sens, car les sons sont des mots, une voix enregistrée prononçant une phrase de Bob Dylan : we can’t change the present or the future, we can only change the past, and we do it all the time.

ANNE-JAMES CHATON PORTRAITS (2001)
La collection « Portraits » compte à ce jour 65 œuvres. Chaque pièce est imprimée en sérigraphie au format 120 cm x 176 cm. En supposant que nous soyons définis par les écrits que nous portons, Anne-James Chaton réalise ses portraits en prélevant sur le modèle tous les documents textuels que le sujet porte sur lui lors de la rencontre avec l’artiste. Les « Portraits » d’Anne James Chaton sont basés sur la transcription du contenu de ces documents de la vie quotidienne, tels que les relevés bancaires, les tickets de métro, les tickets de restaurants et de courses, les cartes de banque, d’abonnement, de fidélité, etc... Les informations sont collectées dans l’ordre dans lequel le modèle les confie à l’artiste, et restituées en respectant leurs marques typographiques, de manière à construire une longue séquence de données. Cette litanie écrite, dans laquelle la signification et les identités se dissolvent et se reforment sans cesse, prend corps selon la nature du regard porté.

ELISABETH S. CLARK B E T W E E N W O R D S (2010-2013)
Partition, impression sur papier et annotations de l’artiste et du musicien. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Dohyang Lee, Paris .Entre les mots d’un texte, il y a la ponctuation. Discrète et parfois oubliée, c’est néanmoins un élément essentiel du langage qu’elle entoure. Between Words d’Elisabeth S. Clark explore cet espace et la notion d’entre-deux. A partir du long poème « Nouvelles Impressions d’Afrique », l’oeuvre de Raymond Roussel est éditée, mais sans aucun mot, afin d’en isoler l’exact facsimilé de la ponctuation de l’auteur. Seule la ponctuation, transformée en partition, devient le fil conducteur. Cette partition pour orchestre ou voix a été interprété plusieurs fois par un ensemble orchestral et des chanteurs. À chacune de ces interprétations, l’artiste et les musiciens se réapproprient la partition en y ajoutant des annotations personnelles. Le fait que Raymond Roussel était d’abord musicien avant de devenir poète est très peu connu. L’artiste s’est aperçue que la structure linguistique que l’auteur a conçu pour ce poème complexe est comparable à une structure musicale. En soulignant et examinant la topographie du langage, Between Words de Elisabeth S. Clark attire l’attention sur un aspect significatif de la construction du langage, de sa matérialité, de sa sonorité et de sa chorégraphie. Se déplaçant entre le silence et le son, le paysage de ponctuation de Raymond Roussel offre une écriture musicale qui est aussi sonore que silencieuse.

EMMANUEL LAGARRIGUE CELUI-CI NE M’A PAS TUEE, (2016)
Cuivre gravé sur chêne,180 x 4 x 4 cm
Une tentative d’enregistrement et/ou de représentation d’une parole. Une phrase d’Hélène Bessette (Celui-ci ne m’a pas tuée) est répétée comme un mantra. Sur une bande de cuivre, l’artiste verse du sable au rythme de sa voix prononçant ces paroles. De l’acide est ensuite pulvérisé dessus, puis l’ensemble est nettoyé. La trace qui reste est la « marque » de cette parole, et sa persistance.

JERÔME GAME SERIE PHOTOPOEMES
Développements : Jérôme Game, P1040873 (2015). Impression numérique sur papier 60 x 60cm. Ex. 1/5. Négatifs :Jérôme Game, #5 (2017). Impression numérique sur papier 60 x 60cm. Ex. 1/5. Production : Anima Ludens / Solang Production / Language Art Studio
« Comment témoigner de notre expérience de l’image aujourd’hui, de son omniprésence sur tous supports, de son économie intime, publique et politique, de sa variété comme de sa richesse malgré la standardisation des pratiques ? C’est le questionnement à l’origine de ce travail. L’idée était d’y répondre en interrogeant le textimage, c’est-à-dire le lien, l’écart aussi, l’interstice entre lisible et visible. Et une exposition photographique via l’écriture semblait l’endroit idéal pour mener à bien cette tentative : accrocher des photopoèmes sur les murs, c’est-à-dire des blocs- textes en prose centrés sur papier-photo de 280g/m2 satiné, au format carré de 60cm de côté, imprimés au traceur et puis fixés sur les murs—et voir ce que ça fait à nos façons de regarder. Faire voir par les mots, donner un élan à ces derniers comme aux récits-regards qu’ils portent via le dispositif de l’exposition photographique : c’est le pari de ces photopoèmes. Produites par une caméra particulière—l’écriture, sous condition du visuel—, ces photos d’un nouveau genre, à la fois documentaires et plastiques, ont comme point de départ d’interroger les manières dont on voit le monde aujourd’hui malgré, à travers, ou même grâce à la prolifération sans cesse plus dense d’images en tous genres. Basculer continûment d’un dispositif de lecturev ers un dispositif de vision nous fera-t-il percevoir les choses et le monde à nouveau, à la façon d’un agrandissement ou d’un décadrage ? Et pourra-t-on jouer avec les codes de l’exposition photographique (tirage, mise à l’échelle, accrochage) comme autant de façons de remobiliser ceux du récit, de la description, de la mise en intrigue Ça reste à voir... » Jérôme Game

SAMMY ENGRAMER, UN COUP DE DES N’ABOLIRA JAMAIS LE HASARD, WAVE (2010)
Éditions Laura Delamonade, 500 ex., 24 cm x 34 cm,
A partir de l’enregistrement de sa voix lors d’une lecture du poème, Sammy Engramer extrait l’image graphique des ondes sonores et fait glisser cette image de la voix actualisée sur le corps de l’écriture mallarméenne. Les 26 planches de l’exposition reprennent la mise en page de la publication posthume de 1914 dans la Nouvelle Revue Française en respectant la diversité typographique et tout le jeu magistral des espacements et des blancs qui confèrent au texte de Mallarmé des niveaux de lecture différents. [...] L’objet est silencieux, l’écoute est visuelle et c’est selon le vœu de Nietzsche qu’il nous faudra « ouïr avec les yeux » la voix venue se loger dans la sensibilité du trait, dans l’encre elle-même, dans le chuchotement secret d’une onde italique, vers son amuïssement. L’image du mot prononcé recouvre le signifiant de l’écriture alphabétique, le texte est brouillé par la trace de son énonciation devenue imprononçable. L’insistance se fait, à la lettre, sur la forme de l’énonciation puisque la nature de l’énoncé demeurera dissimulé derrière ce qui fait image. C’est l’activité elle-même qui est la forme, et sa demeure est le « dit », mais aussitôt dit cela s’estompe pour ne plus apparaître que comme la trace qui vient métamorphoser l’écriture. Cette étrange conversion consistant à produire des images et des volumes à partir d’un rapport non phonologique à la voix place le spectateur au centre d’un orphisme singulièrement silencieux, où le regard seul est verbalisé. » Jérôme Duvigneau, 2010.

RAINIER LERICOLAIS JOURNAL N°2 (2016)
Technique mixe. Bois, résine, film super 8, cassette audio, rouleau pour piano mécanique. 110 x 15 x 30
Le Journal n°2 s’inscrit dans une série intitulé Journal. Même si l’oeuvre est accrochée au mur, il ne s’agit pas d’un tableau mais bien d’une sculpture, l’objet est présent physiquement. Il se compose de différents éléments sur une étagère : un film super 8, une cassette qui contient le son de son propre journal,. Cette pièce tourne autour de la question de l’enregistrement, comme souvent dans son travail, et donc de ce qui est relatif à la mémoire. Cette mémoire qui correspond d’une part aux origines de l’enregistrement et ses supports comme ceux utilisés par Edouard- Leon Scott de Martinville ou Edison. Mais d’une autre part, celle du temps réel : le temps de fabrication de la pièce. Rainier Lericolais s’intéresse à montrer ces deux temps de manière concomitante. Il s’agit d’un journal sous forme audio qui est composée de toutes les choses qu’il a pu faire à partir du moment où il a décidé de fabriquer cette pièce jusqu’au moment pratiquement où il l’a accroché. Il cherche à en restituer la mémoire et opère un déplacement entre ce que nous voyons d’une image et son origine.


ESPACE D’ÉCOUTE POUR 4 HAUT-PARLEURS

SEBASTIEN ROUX Nouvelle (2012)
Traduction sonore de La Légende de St Julien l’Hospitalier par Gustave Flaubert. Concept : Sébastien Roux. Voices : DD Dorvillier, Kim Fransioli, David Jisse, Isabelle Lagarde, Maxime Leveque, Laurent Poitrenaux, Agnès Pontier, Ignace Rabotin, Guillaume Rannou, Selma Schnabel , Martin Selze, Gabriel Tur, Foley sounds : Sophie Bissantz, Field recordings : Gilles Mardirossian, Harp : Zeena Parkings, Percussions : Maxime Echardour, Recordings : Camille Lézer, Mastering : Hervé Birolini. Commissioned by Studio Akustische Kunst - WDR. Cette pièce s’inscrit dans le cadre de son travail des Traductions, ou il utilise les phrases sonores de La Légende de Saint Julien L’Hospitalier de Gustave Flaubert.Le matériau sonore présent dans la pièce est déduit des phrases du texte qui décrivent des situations sonores ou qui contiennent des dialogues.

PIERRE- YVES MACE FINSTEREN ZEITEN (EIN KARUSSEL) (2016)
avec : Elsa Balas (alto), Nicolas Carpentier (violoncelle), Cédric Jullion (piccolo)
Archive : Bertolt Brecht récitant son poème An die Nachgeborenen
Bertolt Brecht a écrit son poème An die Nachgeborenen au cours de ses années d’exil de guerre, entre 1934 et 1938. C’est un geste d’adresse aux générations futures : à ceux qui "viendront après" et qui connaîtront le temps de paix où "l’homme aide l’homme". En 1953, trois ans avant sa mort, Brecht enregistre sa propre lecture du poème. Cette voix lancinante et appolinienne, presque parfaite dans sa régularité métrique est l’élément central de la pièce électroacoustique Finsteren Zeiten (Ein Karussel). Autour d’elle s’agrègent plusieurs séries hétérogènes : une ligne mélodique élégiaque à l’alto et au violoncelle, une comptine insouciante au piccolo et des rumeurs d’insurrection enregistrées en 2016 en France. Temporalités, rythmes et esthétiques s’entrechoquent en un grand carrousel, pour créer peut-être ce que Walter Benjamin appelait des "images dialectiques".

VIOLAINE LOCHU ABECEDAIRE VOCAL (2016)
Lors de sa résidence à la Synagogue de Delme, Violaine Lochu a réalisé un Abécédaire vocal dont chaque lettre renvoie à une dimension spécifique de la voix et/ou du langage ; A comme aphonie, B comme babil, C comme chuchotement, D comme Dysphonie...Ce projet prend différentes formes ; des pièces sonores écoutables en partie sur la webradio R22 Tout-Monde ou mises en espace sous forme de display ou de sculptures par l’artiste et curateur Guillaume Constantin. D’autres encore prennent la forme de vidéos : l’artiste y met en scène sa voix, dans différents espaces ou différentes postures physiques. Le typographe Christophe Hamery a inventé à l’occasion la typographie Supervox présentée sous la forme d’une affiche et d’une édition. Enfin lors d’une performance vocale Violaine Lochu explore les extrêmes de sa voix à travers des lettres comme U – ululer, XY – féminin/masculin, S – souffle...

RAINIER LERICOLAIS VOICES (2017)
Bande originale du court métrage de Daniella Marxer, 5 mns
Rainier Lericolais collabore depuis 2003 avec la cinéaste Daniella Marxer. Pour ce court métrage "Voices" 2018, les deux artistes ont travaillés à partir d’un même procédé de fabrication, celui du collectage et de l’assemblage. Pour Daniella Marxer, il s’agissait de construire ce court métrage à partir de rushs de son dernier film "mon amour" 2017, assemblés ensuite pour en faire un autre film : Le portrait de deux femmes de deux âges différents, dont la plus jeune se pose une infinie de questions. Pour Rainier Lericolais, à partir des rushs de la cinéaste, il s’agissait de collecter non plus les images mais les sons des voix pour nous offrir une bande son dont ne ressortent des dialogues peu intelligibles que la musicalité et la sonorité de la voix.

JERÔME GAME HK Live !(2011)
Diffusion sur 4 haut parleurs, 38 mns
‘HK Live !’ est à l’origine une pièce produite pour l’Atelier de Création Radiophonique de France Culture via une commande de Philippe Langlois et Frank Smith (diffusion en janvier 2011 et août 2012). Production : France Culture/Institut Français/Missions Stendhal, Textes, voix, sons : Jérôme Game. Réalisation : Marie-Laure Ciboulet. Voix : Caroline Dubois, écrivain . Voix : François Sabourin, comédien. Diffusions publiques : France Culture (janvier 2011 et août 2012) ; Centre d’Art Contemporain Genève—Cinéma Dynamo (mai-août 2017). Carte postale radiophonique d’un séjour à Hong Kong à l’été 2010, « HK Live ! » dresse un portrait virtuel de la ville-Etat en voyageant dans sa matière sonore, réelle comme fantasmée. Un narrateur circule entre l’univers du cinéma asiatique et celui, prosaïque, de Hong Kong aujourd’hui, saisi au micro portable. Transpercé par les bruits, voix, dialogues et humeurs de la ville comme de son reflet à l’écran, il déambule verbalement entre ces univers comme une boule de flipper rebondit dans une boîte sous verre, propulsé par la matière sonore du tissu urbain et des films qu’il a vus. À même cette surface de signes hétérogènes, il évolue en explorateur de lui- même, rejouant dans sa voix et ses propres phrases plans-séquences et idées de montage. Ou comment la captation sonore d’une ville et ses différents récits permet un ré-embrayage littéraire.

JEAN-MICHEL ESPITALLIER COMPTES AFRICAINS (2008)
Tissage en contrepoints de voix lisant des textes qui sont des mails frauduleux (de fausses histoires d’argent caché dans des banques africaines). Avec les voix de Jean-Michel Espitallier, Sandy Amerio, Jean-Marc Montera, Erik Billabert, etc.
L’IBISCUS N’EST PAS UN ANIMAL (2012), 7’
Peut-on vraiment faire confiance au langage ? C’est la question que semble poser, sur le mode comico-absurde, cette pièce sonore, laquelle dévide une liste de mots qui se définissent par ce qu’ils ne sont pas (à savoir, des animaux !). Or, cette indication par la négative jette un trouble sur leur sens véritable. Au fond, ne seraient-ils pas justement des animaux puisqu’on nous dit qu’ils n’en sont pas ? Doute, suspicion, légère angoisse.
Analogie de sens (le croque-monsieur, le mâchefer), fausses pistes (la zézette, le Houellebecq), proximité phonétique (la baudruche, la moutarde), etc., aboutissent à une confusion générale où tout sens est perdu. La lecture est peu à peu parasitée par des boucles vocales qui, dévidant la même liste de noms « qui ne sont pas des animaux », finissent par muer les énoncés en une matière verbale qui donne à entendre une autre langue (animale ?).

BERNARD HEIDSIECK RESPIRATION ET BREVES RENCONTRES (1999)
Il s’agit de 60 très courts textes (de longueurs égales) qui sont autant de micro-faux dialogues avec des écrivains du XXème siècle dont le souffle a été prélevé sur des enregistrements d’entretiens réels. Intéressé à la façon dont d’autres poètes et écrivains lisaient ou avaient lu. J’ai donc, de façon très systématique, constitué une collection de voix sur disques et sur cassettes. Systématique, dans la mesure ou j’ai acheté tout ce que j’ai pu trouver, ici, en France (c’est à dire peu de choses), lors de mes voyages à l’étranger, en visitant les disquaires, et à partir de catalogues américains de firmes spécialisées dans ce type d’éditions (Caedmon, en particulier), lesquels comprenaient du reste des auteurs européens. Deux caractéristiques majeures sont en effet communes à tous les auteurs successivement convoqués : D’une part comme je viens d’en parler leur voix a été enregistrée et d’autre part, ils ne sont plus en vie. La respiration ne doit provenir que d’un disque ou d’une cassette édités, trouvables dans le commerce (il ne s’agit pas d’aller puiser, par exemple, dans les archives de la Radio et de s’enfoncer dans un puits sans fonds). Certains des auteurs, lisant, ne laissent entendre aucune respiration, ils sont éliminés par la force des choses. Le dispositif de lecture est le suivant : Il y a diffusion par les hauts-parleurs, de la « respiration réelle » de chacun d’entre eux, « parfaitement audible » - en boucle-, « en contrepoint » à la lecture live du texte qui tâche d’évoquer l’écrivain disparu- sans superposition d’aucun autre énoncé verbal. Parfois il y a la présence de quelques brefs objets sonores. Extraits : Antonin Arthaud, Gertrud Stein, Ezra Pound

EMMANUEL LAGARRIGUE TU APPARAIS, ELIAS, PUIS TU DISPARAIS (2016)
Le projet Tu apparais, Elias, puis / tu disparais, consiste en plusieurs installations sonores organisant la rencontre entre deux écrivains, Camille de Toledo (né en 1976) et Fernando Pessoa (1888-1935). Cette rencontre, sous forme de dialogue construit à partir d’extraits de certains de leurs textes, se déploie comme une promenade philosophique dans divers lieux. Suivant l’idée de la ronde, elle joue d’enchaînements entre plusieurs notions-clé de ces deux auteurs (le passage de siècle, le travail de la mémoire, l’altérité, la transmission) afin de les faire résonner ensemble. Les deux textes utilisés sont Le livre de l’intranquilité de Pessoa et Oublier, trahir puis disparaître de Toledo.

ANNE-JAMES CHATON NISANSALA (Berlin, 2017)
Edité chez Raster-Noton, in "Source Book 1 »,


Anne-James Chaton Sammy Engramer Jean-Michel Espitallier Jérôme Game Bernard Heidsieck Emmanuel Lagarrigue Rainier Lericolais Violaine Lochu Pierre-Yves Macé Sébastien Roux Julie Verin Quentin Aurat Elisabeth S. Clark